Habituellement, pour réussir à subsister, les musiciens sont souvent obligés d’exercer d’autres professions. A Cuba, c’est l’inverse : comme sa pension ne lui suffisait pas, un boucher à la retraite nommé Mario Carcasès Amabile a eu l’idée de monter une formation musicale. Avec son copain Gualberto Ferrer Bonne (musicien professionnel), il a monté un groupe de son (style cubain traditionnel). Bien que le moyenne d’âge du groupe avoisine les 70 ans, ils ont une pêche sans faille et sont capables de jouer des heures durant avec la même énergie et d’aller ensuite danser toute une partie de la nuit.
Au-delà de l’effet Buena Vista Social club, "Los Jubilados" sont remarquables par leur histoire qui ressemble à un scénario de film. Reprenons : en 1994, Mario Carcasès Amabile est chez lui et s’ennuie. Lui qui a toujours été hyperactif se retrouve à la retraite, désœuvré, avec une pension qui lui permet à peine de boucler les fins de mois. Un de ses amis, Gualberto Ferrer Bonne, est (ou plutôt était) un musicien professionnel, ce qui donne l’idée à Mario de former un groupe "Compay". Gualberto qui, après des années de musique, s’est mis à la menuiserie, refuse dans un premier temps de quitter son atelier. Puis il accepte (on imagine sans peine le nombre de discussions serrées et hautes en couleurs entre les deux amis) à la condition sine qua non de recruter lui-même les musiciens. C’est ainsi que le contrebassiste Luis La Rosa rejoint le groupe, vite suivi par Jeronimo Ibarra (joueur de bongo de 74 ans surnommé "L’Allemand"). Au départ, le groupe avait pour nom "Nuevo Cubaneros", mais très rapidement leur public les surnomme "Los Jubilados". Ce nom est vite adopté.
Leur premier grand concert a lieu à Mexico en mai 1999. Le succès est immédiat et ils font un premier disque quasiment dans la foulée. L’album "Nuevo Cubaneros" reçoit le prix Spécial lors des "Cubadisco" de 1999. Ils repartent donc en tournée, non seulement à Cuba, mais aussi au Mexique (leur 2ème patrie) et, à leur retour à Santiago, ils enregistrent un second cd intitulé "Joyeme Cachical". A l’automne 2000, ils entament une tournée européenne qui les conduit en Allemagne, en Europe du Nord et à Biarritz (en France) où ils ont été l’une des têtes d’affiche du festival La Cita. C’est de là que commence le documentaire qu’une société de production française tourne sur eux. Le film raconte le retour triomphal des septuagénaires à Cuba. Une nouvelle vie s’ouvre à eux et ils semblent bien décidés à ne pas la laisser passer, d’autant plus que le temps leur est compté. "Los Jubilados" sont les retraités les plus pressés de la terre !
Magali Bergès - Mondomix